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الهايكو والترجمة/ Haiku et Traduction

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هايكو العالم: 13 مارس 2026

نص مقالي حول الهايكو والترجمة الذي نشر بمجلة هايكو العالم عدد 21، (2025)، منشورات جمعية الهايكو العالمية بإشراف بانيا ناتسويشي. 

 Mon article sur : le haïku et la traduction, publié dans la revue World Haïku, n° 21 (2025), éditée par la World Haiku Association, sous la direction de Ban’ya Natsuishi.


Traduire

Du texte de Départ au texte d’Arrivée

 

Il est important de noter que la traduction d'un même texte par plusieurs traducteurs n'aboutira guère au même produit, c'est-à-dire au même texte d’arrivée. Cela est dû, en premier lieu, au fait que les théories de la traduction ne sont pas des théories scientifiques dont les résultats et la validité peuvent être vérifiés par l'examen et la répétition. Ensuite, parce que la traduction est un acte humain lié au traducteur lui-même, à sa personnalité, ses penchants et croyances, sa formation et son niveau culturel...

La traduction, en ce sens, n’est autre que le produit du travail effectué par le traducteur, travail qui repose initialement et essentiellement sur l’effort de lecture. Une bonne lecture du texte, interpelant la compréhension, l'interprétation et une compétence lectorale de la part du traducteur, rapproche le texte traduit du texte original. Et puisque les compétences cognitive, lectorale et les croyances personnelles diffèrent d'un traducteur à l'autre, il va de soi que le texte traduit soit aussi différent autant que le nombre de traducteurs. A titre d'exemple, nous évoquerons le fameux haïku de la grenouille de Basho, qui a été traduit sous des formes différentes, non seulement entre des langues différentes, mais au sein d'une même langue :

1

Ah ! Le vieil étang

Une grenouille y plonge

Le bruit de l’eau.

BASHÔ, Cent onze haïku (traduction Joan Titus-Carmel, éditions Verdier, 1998, Lagrasse)

Le traducteur se focalise sur l’émotion par le recours à l’exclamation (1ère ligne) et sur le visuel par la description de la scène rapportée.

2

Dans le vieil étang

Une grenouille saute

Un ploc dans l'eau !

Poèmes traduits et réunis par G. Renondeau, Anthologie de la poésie japonaise classique, N.R.F.- Poésie/Gallimard, © Unesco, 1971.

     On s’intéresse ici au visuel et à la reproduction du son par l’usage de l’onomatopée (ploc) pour décrire le choc.

3

Sur l’étang mort,

Un bruit de grenouille

Qui plonge

Georges Bonneau (1897–1972)

 Le traducteur reproduit la scène telle qu’elle se produit en opposant silence (mort) et son (bruit)+ mouvement (plonge).

4

Une vieille mare

Une raine en vol plongeant

Et l’eau en rumeur

René Etiemble (1909–2002)

Le traducteur rapporte la scène observée par la description littérale de ses 3 éléments : mare, plongeon de raine et rumeur de l’eau)

5

Un vieil étang

Une grenouille saute

Des sons d’eau

Poética, Poésie, poèmes et poètes

La traduction met en valeur 3 éléments (étang, saut de grenouille et sons de l’eau).

6

Dans un vieil étang

Une grenouille qui plonge

Plouf ! le bruit de l’eau

 Poème dit par : dit par Gilles-Claude THERIAULT

https://wheatoncollege.edu/vive-voix/titres/la-grenouille-haku/

Ici l’on met surtout l’accent sur l’effet de l’eau en le représentant doublement par l’onomatopée et la description: (Plouf + bruit de l’eau).

7

Vieille mare

une grenouille plonge

bruit de l’eau

1-L’Art du Haïku, pour une philosophie de l’instant. Textes présentés par Vincent Brochard

et Pascale Senk. Le Livre de Poche. Paris 2010. 256 pages

2- Petit manuel pour écrire de haïku de Philippe Costa. Editions Picquier. Paris 2002. 214 pages  

Reproduction descriptive de l’expérience à la fois visualisée et entendue.

8

Le vieil étang

une grenouille y plonge

le bruit de l’eau!

Sages ou fous les haïkus ? Henri Brunel. Editions Calmann-Levy. Paris 2005. 134 P.

Ici la description est renforcée par la mise en valeur de l’effet sonore de la scène par l’emploi de l’exclamation en fin du texte.

9

Vieil étang -

une rainette y plongeant

chuchotis de l’eau

Bashô, Seigneur ermite. Edition bilingue par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot.

Editions La Table Ronde. Paris 2012. 476 pages

Le traducteur tente de représenter par la langue théâtralement ou à la manière du cinéma la scène en reproduisant l’action douce de la grenouille en contact avec l’eau dont le son est à peine entendu.

10

Paix du vieil étang

une grenouille y plonge

un « ploc » dans l’eau

Traduction de Nicolas Bouvier extraite de Voyage poétique à travers le Japon

Cette traduction renforce l’aspect sonore de la scène par le terme (ploc) de l’eau en contraste avec (paix) de l’étang en ligne 1.

11

Vieil étang -

un plongeon d’une grenouille

l’eau se brise

 Anthologie du poème court japonais. Présentation, choix et traduction de Corinne Atlan et

Zeno Bianu; nrf / Poésie / Gallimard. Paris 2002. 240 pages.

Cette traduction met en relief l’aspect visuel de la scène observée (l’eau se brise).

 

Dès lors, il parait nettement clair que le texte traduit ne sera jamais le texte original, mais un tout autre texte, pour la bonne raison que le texte original est le fruit de l'acte d'écriture et ce qu’il suppose comme rituels, sensations, mémoire, représentations et liberté illimitée de son créateur, tandis que le texte traduit est forcément le fruit de l'acte de lecture, et ce qu'il évoque en termes de formation, aptitudes de lecture, goûts et croyances personnels du traducteur et limites imposées par le support textuel à traduire.

D’autre part, le traducteur au cours de son travail remplit nécessairement deux fonctions : il revêt à la fois la posture de lecteur et d’auteur, c'est-à-dire c’est lui qui lit et interprète le texte à traduire et c’est lui qui écrit aussi le texte traduit. Par conséquent, le texte auquel il aboutit est le produit d'un dialogue avec le texte et son auteur. De ce fait, la qualité du travail de traduction est liée à la nature de ce dialogue et de cet échange mené par le traducteur.

Et si l’on passe maintenant à la traduction du haïku. Cette fois le travail risque d'être plus compliqué pour plusieurs raisons :

- la brièveté du texte qui adopte un langage précis tout en y attribuant une fonction déterminée à chaque mot, ce qui rend difficile la tâche du traducteur, ne lui laissant aucune marge de manœuvre ;

- le non-dit dans le haïku, c'est-à-dire la dose de silence dans le haïku nécessite des capacités de lecture et d'interprétation soutenues,

- une connaissance suffisante du haïku en tant que genre spécifique se distinguant de par sa structure, ses techniques d’expression et ses dimensions poétique et esthétique ;

Puisqu’il est convenu que le haïku a ces caractéristiques propres, sa traduction constitue un grand défi pour les traducteurs.

Dans le même ordre d’idées, il est à noter que la qualité moindre des premières traductions arabes du haïku (du français et l’anglais en particulier) qui nous sont parvenues dans les débuts du haïku dans le monde arabe explique en partie la difficulté du travail, d'autant plus que les caractéristiques du haïku n'étaient pas suffisamment connues à cette période. En outre, certains de ceux qui ont élaboré des traductions n’étaient pas connus comme haijins.

Par conséquent je considère, partant de mon humble expérience, que la traduction d'un haïku ne dépend pas seulement du degré de maîtrise linguistique, mais plutôt du degré d'assimilation des caractéristiques du genre en premier lieu, car cette assimilation est une condition nécessaire facilitant le processus de lecture et d'interprétation qui précèdent l’acte de traduire.

Par ailleurs, la comparaison entre les langues est une approche pertinente pouvant préparer la phase de compréhension se trouvant à la base de toute traduction.

D'autre part, et partant toujours de mon expérience personnelle, les facteurs expérience et pratique, et j'entends par là en particulier le traitement des textes de même type/ nature - en plus des conditions mentionnées plus- haut – peuvent être d'une grande importance à même de développer et améliorer le travail du traducteur.

Quant à la traduction arabe, qu'elle soit de la langue arabe ou vers celle-ci, des problèmes peuvent surgir pour le traducteur et qu’il doit affronter avec beaucoup de patience, effort et réflexion.

Le haïku rédigé en langues étrangères (français, espagnol, anglais, italien...) peut sembler à un Arabe comme simple et peut-être superficiel lorsqu'il est traduit en arabe. L'une des raisons en est peut-être la différence de goût, d'environnement et de culture. Ce qui est considéré comme beau et stimulant en Amérique ou en Europe peut ne pas l’être dans le monde arabe, lorsqu'il est traduit dans une langue simple plus proche de l'original. Un lecteur arabe, par nature, tend davantage vers la poétique de la langue au détriment de la poétique de la scène, et des évocations et des sensations qu'elle véhicule.

En ce qui concerne la traduction de l'arabe vers d'autres langues, la question peut paraitre plus difficile encore. En raison de la nature lyrique de la langue, et en raison du recours de beaucoup de haïtiens arabes aux artifices linguistique et stylistique (emplacement des mots, remplissage : verbes, adjectifs, adverbes spatio temporels.). Dès lors, le traducteur se trouve face à deux difficultés :

- Si le traducteur adopte une traduction préservant le style du texte, on aura un texte long et linguistiquement lourdaud que le lecteur étranger n’appréciera guère.

- Et si le texte traduit arrive sans artifices de langue ni de style, il semblerait alors dépourvu de sa substance esthétique reposant sur les effets linguistiques. Comme si le haïku dépendait principalement du travail sur la langue et non de rapporter la scène et l’expérience émotionnelle de la manière la plus simple.       

Pour conclure, traduire et traduire un haïku n'est pas une tâche facile. Et comme il n’y a guère une manière idéale de traduire, il n’y a point de recette préétablie dans ce sens. La traduction ne repose ni sur la littéralité, ni sur le sens des mots en raison de la spécificité du haïku en termes de brièveté, de structure, de techniques, de dose de silence et de non-dit. Ajoutons à cela la question du rythme et de la musicalité qu’on ne peut traduire vu la différence des langues notamment au niveau phonologique, accentuation et longueur des mots… Ces facteurs réunis obligent le traducteur à lire avec profondeur le texte de départ afin d'arriver - tout en se gardant de rester vigilant, objectif et humble - à un texte traduit acceptable, c'est-à-dire plus proche de l'original, mais qui ne sera jamais l'original ou même une copie de celui-ci.


19 décembre 2024

Mohammed BENFARES


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