Poétique
des Atmosphères Scénographiques
Concepts et outils
13 janvier 2026 H W هايكو العالم
Préambule
La Poétique
des Atmosphères Scénographiques (PAS) n’est pas née du hasard. Elle est le
fruit d’une pratique étendue sur plusieurs années, apparue dans un contexte (notamment arabe) marqué par un vide manifeste, une instabilité et une confusion dans la réception et la critique
du haïku. Celle-ci oscille souvent entre projection subjective, explication
didactique, interprétation excessive et étalage de terminologies esthétiques
japonaises.
Ce phénomène
est particulièrement visible dans le monde arabe, où prévaut une forme de
facilité au sein des cercles de haïku, tant dans l’écriture des textes que dans
leur lecture. La présente approche se propose comme un système — perfectible —
visant à contribuer au développement de la pratique du haïku, aussi bien dans
sa création que dans sa réception et sa lecture critique, sur les scènes arabe
et internationale.
Dans cette
perspective critique, l’accent est mis sur une lecture du haïku portée par un
regard conscient et sensible, établissant une distinction nette entre la poésie
comme genre, avec ses outils expressifs et linguistiques, et le haïku comme
forme spécifique, avec sa propre poétique et ses esthétiques, qu’il soit
classique, moderne ou contemporain.
Le principe
fondamental de cette approche consiste à dégager l’atmosphère affective à
partir des éléments visibles et implicites du texte, et non de ce qui lui est
extérieur. Elle prend pour point de départ la scène et l’expérience vécue, en
tenant compte de la sensibilité du lecteur et de sa résonance émotionnelle,
loin de toute immersion dans le sens explicite ou l’interprétation
intellectuelle.
Fondements
La PAS repose
sur une attention prioritaire portée à l’atmosphère haïkiste, considérée comme
le cœur de l’expérience, plutôt qu’au sens entendu comme résultat mental ou
conclusion intellectuelle. Elle propose une lecture du haïku comme un événement
sensoriel fugace, une scène vécue dans l’instant-ici-maintenant, plutôt que comme
un discours à expliquer ou un message à décoder.
Cette approche
encourage une lecture qui allège la tutelle interprétative du critique,
privilégie la simplicité et l’économie du langage, et reconnaît au silence et
au vide un rôle actif dans l’expérience haïkiste. La langue n’est pas un
instrument de démonstration, mais un moyen de façonner l’atmosphère affective
avec retenue et sans artifice.
Le lecteur y
est envisagé comme un récepteur et un dégustateur sensible, s’approchant du
texte comme on s’approche d’une atmosphère : d’abord par le ressenti, par
l’expérience avant l’analyse, laissant à l’instant poétique le soin de se dire
par lui-même.
Il convient de
préciser que cette approche ne vise nullement à invalider les autres lectures
critiques. Elle se présente comme une vision nouvelle, éloignée de tout
discours académique, un chemin souple ouvrant des perspectives pour intégrer le
haïku et le recevoir avec un regard haïkiste attentif et sensible. Là où la
critique académique privilégie le concept et l’analyse, la Poétique des
atmosphères propose une approche esthétique fondée sur la perception, laissant
au lecteur la liberté d’éprouver lui-même l’atmosphère émotionnelle.
Définition
Fondements
conceptuels
·
Atmosphère
poétique : climat global issu de
l’interaction entre scène, temps, sensation et affect.
·
Scénographicité : primauté de ce qui est vu, entendu, touché, senti ou goûté sur
ce qui est pensé.
·
Économie
du langage : le moins de mots possible, le
plus de simplicité possible.
·
Ici-et-maintenant : fixation de l’instant sans commentaire ni explication.
·
Neutralité
expressive : absence de pathos discursif,
d’intention démonstrative ou d’intervention explicative, au profit d’une
observation claire et sobre.
Outils
opératoires
·
Kigo
(mot de saison) : dans le haïku classique,
générateur d’une atmosphère sensorielle et affective, et non simple repère
temporel.
·
Césure
(kire) : respiration au sein de la scène,
plus qu’une simple rupture formelle.
·
Scène
ordinaire : le quotidien, le fragile,
l’éphémère.
·
Silence : élément structurant, non un vide.
·
Vacance
sémantique : laisser des espaces ouverts au
lecteur, sans orientation imposée.
·
Ponctuation : marque rythmique et signifiante, non un simple procédé
typographique (le point final comme clôture du haïku).
·
Implicite
et suggestion : préférence pour ce qui est
suggéré plutôt que déclaré, proposé plutôt qu’énoncé.
Ce que la PAS
ne privilégie pas
·
Le
sens préétabli, l’intentionnalité ou le message.
·
L’interprétation
intellectuelle ou symbolique.
·
La
rhétorique ornementale ou l’effet spectaculaire artificiel.
·
Le
jeu verbal gratuit.
La réception
plutôt que l’interprétation
Dans la PAS, le
lecteur est un récepteur plutôt qu’un interprète. Il goûte l’atmosphère
affective comme on goûte le climat : non pour l’expliquer, mais pour le vivre.
Dans l’horizon
du haïku
Cette approche
rejoint l’esprit même du haïku :
·
un
événement minuscule,
·
un
temps circonscrit,
·
une
langue neutre,
·
un
effet non préconçu.
Conclusion
La PAS n’est
pas une théorie close, mais une pratique vivante. Elle invite à écouter le
texte plutôt qu’à l’interroger, à accompagner la scène plutôt qu’à la dominer.
محمد بنفارس
H W هايجن، مترجم ومدير مجلة: هايكو العالم
Mohammed Benfares
Haïjin, Translator and Director of Haïku World
