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| Mohammed Benfares Maroc |
Le haïku
un horizon de dialogue mondial
Haiku World 02 Nov 2026
À la suite de la douzième Conférence mondiale du haïku (WHAC12), tenue à Tokyo du 2 au 4 octobre 2026, Haiku World propose un retour sur cette rencontre internationale organisée par la World Haiku Association
Au-delà du
compte rendu des activités, cet article revient sur les interventions, les
expériences collectives et les échanges entre haijins de différentes langues et
cultures. Il ouvre également une réflexion sur la réception et la circulation du
haïku dans le monde, entre particularités culturelles et possibilités de
dialogue.
Tokyo :
capitale du haïku 2026
Du 2 au 4
octobre 2026, Tokyo a accueilli la douzième Conférence mondiale du haïku
(WHAC12), organisée par l'Association mondiale du haïku (World Haiku
Association), présidée par le haïjin et critique japonais Ban’ya Natsuishi. La
rencontre a réuni des haijins issus de divers horizons linguistiques et
culturels, autour d'un programme alternant interventions intellectuelles,
lectures de haïkus, excursions culturelles et expériences collectives
d'écriture.
Le retour sur
les travaux de cette rencontre permet d'aborder plusieurs questions liées à la
pratique du haïku dans différents contextes culturels, ainsi qu'aux rapports
entre la singularité des expériences locales et les possibilités de
communication à l'échelle mondiale. Les interventions, l'anthologie et les
enregistrements constituent également des ressources documentaires permettant
de restituer certains aspects de ces interactions et de les étudier au-delà du
temps de la conférence.
De la rencontre
au dialogue
Le programme a
débuté le 2 octobre par l'accueil des participants et un dîner d'ouverture. À
cette occasion, Ban’ya Natsuishi, président de l'Association mondiale du haïku,
a prononcé un discours de bienvenue. La soirée a également été ponctuée de
lectures de haïkus accompagnées de musique. Cette ouverture a permis aux
participants de faire connaissance et d'échanger leurs textes, faisant de la
lecture du haïku un premier moyen de rencontre et de communication.
Le lendemain,
le programme a notamment comporté une séance de dédicaces et d'échanges de
livres, ainsi que deux interventions intellectuelles présentées par Toyomi
Iwawaki-Riebel et Ban’ya Natsuishi. Le 4 octobre, Mohammed Benfares a présenté
à son tour une intervention, suivie d'un échange avec les participants. Le
programme s'est poursuivi par la projection d'un film consacré à l'histoire et
à la culture japonaises, puis par diverses activités culturelles et d'écriture,
avant les séances de clôture.
Les
communications : regards et questions ouvertes
– Toyomi
Iwawaki-Riebel, japonaise résidant en Allemagne : « Philosophie orientale et
occidentale : une approche philosophique comparative »
Cette
communication a retracé l'évolution de la pensée philosophique comparative
entre l'Orient et l'Occident, en évoquant plusieurs références intellectuelles
ayant contribué à la constitution de ce champ. Partant de ses fondements
historiques, elle a abordé ses orientations contemporaines, jusqu'à la notion
de philosophie mondiale et ses liens avec le projet de World Haiku défendu par
Ban’ya Natsuishi.
– Ban’ya
Natsuishi, Japon : « World Haiku et les quatre directions »
Cette
communication a porté sur la diversité du haïku mondial et sur la pluralité de
ses expressions selon les contextes culturels et géographiques. S'appuyant sur
différents exemples poétiques issus de l'anthologie World Haiku, Ban’ya
a mis en évidence les différences dans les pratiques d'écriture et les modes
d'expression, soulignant la diversité des expériences et leurs variations. Il a
ainsi posé la question des rapports entre les singularités locales et un
horizon poétique partagé.
– Mohammed
Benfares, Maroc : « L'art du haïku : Est/Ouest, Nord/Sud »
Cette
communication propose de reconsidérer les quatre directions comme autant de
lieux différents de réception et de pratique du haïku. Elle retrace ses
transformations à travers les langues et les cultures, de l'expérience
japonaise à la traduction et à la reconfiguration en Occident, jusqu'aux
possibilités d'expression dans les contextes du Nord et du Sud.
À travers
plusieurs exemples de haïkus, elle examine ce qui se transforme au cours de ces
déplacements et ce qui demeure dans le rapport du haïku à la langue, à la
scène, aux atmosphères et à l'effet poétique. Elle s'arrête également sur la
saisonnalité du haïku et sur les difficultés que soulève son transfert d'un
environnement culturel à un autre.
Ces
interventions constituent une matière essentielle pour l'étude des questions
intellectuelles soulevées au cours de la conférence. Une étude comparative leur
sera ultérieurement consacrée, à partir de leurs contenus, afin d'en examiner
les points de convergence et de divergence.
Le lieu, un
espace de pratique
Le programme ne
s'est pas limité aux salles de conférence. Il comprenait également la
projection d'un film sur l'histoire et la culture japonaises, ainsi qu'une
excursion culturelle à travers Tokyo, avec notamment une visite du jardin
Yasuda, associé à la mémoire de Matsuo Bashō, l'une des grandes figures du
haïku japonais.
Cette excursion
était également liée à une pratique d'écriture. Les participants ont composé
des haïkus en réaction à ce qu'ils avaient observé au cours de leur parcours,
avant de donner lecture de leurs textes. Cette expérience a ainsi associé
observation, écriture et lecture, passant de la découverte d'un lieu à la
formulation d'une réponse poétique.
L'expérience
d'écriture du haïku selon la technique de la calligraphie japonaise a, par
ailleurs, créé un croisement entre l'expression haïku et l'art du trait. Cette
activité a réuni les langues des participants et une tradition artistique
japonaise ancienne, ouvrant un espace d'interaction entre différentes formes
d'expression.
Pluralité
linguistique et culturelle : du voisinage à l'échange
La diversité
des participants s'est manifestée dans les interventions, les lectures et les
expériences collectives. Elle a permis de découvrir différentes pratiques du
haïku, de comparer les manières de construire une scène poétique, de choisir
une langue et d'appréhender l'environnement.
Passer de la
simple réunion d'expériences multiples à un véritable dialogue entre elles
suppose d'être à l'écoute de la singularité de chacune, de reconnaître les
possibilités qu'offrent les différences linguistiques, mais aussi de prendre en
considération les difficultés qu'elles soulèvent en matière de traduction et de
réception.
Dans cette
perspective, la conférence peut être considérée comme un espace de rencontre
entre des expériences différentes par leurs références et leurs démarches, mais
qui trouvent dans le haïku un moyen commun de communication.
Le programme
s'est achevé par un dîner ponctué de lectures de haïkus accompagnées par un
ensemble musical et de prestations instrumentales, réunissant ainsi parole
poétique et musique pour clôturer la rencontre.
L'anthologie :
une mémoire haïku de la conférence
La conférence a
été accompagnée d'une anthologie préparée par Ban’ya Natsuishi, qui en a
également traduit les textes en japonais, sous le titre L'art du haïku :
Est, Ouest, Nord et Sud. L'ouvrage rassemble des textes des participantes
et des participants, ainsi que des œuvres artistiques. Des exemplaires en ont
été distribués au cours de la rencontre.
Cette
anthologie témoigne de la pluralité linguistique et culturelle qui a
caractérisé la conférence. Elle permet de retrouver les noms des participants
et leurs expériences du haïku au-delà de la durée de l'événement. Elle
constitue également une ressource pour de futures études consacrées à la
diversité des pratiques poétiques et aux modalités de circulation du haïku
entre les langues et les cultures.
Que reste-t-il
après la conférence ?
Déployé sur
trois jours, le programme de la conférence a donné lieu à la production de
différents matériaux susceptibles d'être documentés, lus et comparés :
communications, lectures, anthologie, textes composés par les participants lors
des excursions, ainsi que des enregistrements et des photographies qui
conservent la mémoire de différents aspects de cette expérience.
Ces ressources
permettent de revenir sur les travaux de la conférence, d'en étudier les
résultats, de comparer les expériences et de poursuivre la réflexion sur les
questions soulevées autour du haïku et de sa pratique dans des contextes
linguistiques et culturels multiples.
L'intérêt de
telles rencontres demeure étroitement lié aux possibilités d'échange qu'elles
ouvrent et à la continuité du dialogue qu'elles favorisent à travers la
lecture, la traduction, la publication et les échanges entre haijins.



