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Le non-sens: horizon de lecture/ M. BENFARES

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Le non-sens 

comme horizon de lecture


La Poétique des Atmosphères Scéniques ( RAS) ne prend pas le « sens » comme point de départ, ni comme but ultime de la lecture. Elle ne cherche ni message caché, ni clé symbolique, ni profondeur dissimulée à déchiffrer. Elle se tient au plus près de ce qui apparaît : une scène, une configuration sensible, un silence.

Et pourtant, la lecture semble avancer vers un sens, sans jamais s’y arrêter. Cette tension n’est pas un échec ; elle constitue le cœur même de l’expérience. Le haïku attire l’interprétation, mais se dérobe à la conclusion.

Dans cette perspective, le sens n’est pas aboli : il est déplacé. Il cesse d’être le centre. Ce qui prime, c’est l’atmosphère ; la vibration d’un instant, la qualité d’une lumière, l’écart ténu entre deux éléments juxtaposés. Si une signification surgit, elle surgit sans insistance, presque malgré le texte.

Or une grande part des lectures contemporaines, en Orient comme en Occident, tend à poser d’emblée la question : « Que veut dire ce haïku ? » La scène devient alors prétexte à explication. On cherche une morale, une métaphore, une leçon existentielle. La lecture se fait démonstrative. Elle comble les silences au lieu de les habiter.

Mais le haïku n’est pas construit pour livrer une thèse. Il fonctionne par exposition minimale. Il montre. Il n’argumente pas. Sa force tient précisément à ce refus de conclure.

:Un détour par les grands maîtres le rappelle sans commentaire 

 

Matsuo Bashō

-vieille mare 
,une grenouille plonge
bruit de l’eau

Yosa Buson

-soir de printemps 
,rien ne se passe
sinon la montagne

 

Kobayashi Issa

-ce monde de rosée -
...et pourtant
...et pourtant

 

Masaoka Shiki

,après la pluie,
l’ombre des nuages
sur le champ

 

Ces haiku ne sont ni énigmatiques ni symboliques. Ils ne cachent pas un secret. Mais exposent une situation. Leur profondeur ne réside pas dans un arrière-plan conceptuel, mais dans la qualité de présence qu’ils fondent.

Lire dans cet horizon, c’est admettre de ne pas « courir» derrière un sens définitif. C’est demeurer dans la tension ouverte entre ce qui est montré et ce qui n’est pas dit.

Le non-sens n’est pas totalement absence de sens. Il est refus de le figer. Et c’est peut-être là que le haïku commence véritablement : non quand il explique, mais quand il laisse être / voir.

 


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