Le non-sens
comme horizon de lecture
La Poétique des
Atmosphères Scéniques ( RAS) ne prend pas le « sens » comme point de départ, ni comme
but ultime de la lecture. Elle ne cherche ni message caché, ni clé symbolique,
ni profondeur dissimulée à déchiffrer. Elle se tient au plus près de ce qui
apparaît : une scène, une configuration sensible, un silence.
Et pourtant, la lecture
semble avancer vers un sens, sans jamais s’y arrêter. Cette tension n’est pas
un échec ; elle constitue le cœur même de l’expérience. Le haïku attire
l’interprétation, mais se dérobe à la conclusion.
Dans cette perspective,
le sens n’est pas aboli : il est déplacé. Il cesse d’être le centre. Ce qui
prime, c’est l’atmosphère ; la vibration d’un instant, la qualité d’une
lumière, l’écart ténu entre deux éléments juxtaposés. Si une signification
surgit, elle surgit sans insistance, presque malgré le texte.
Or une grande part des
lectures contemporaines, en Orient comme en Occident, tend à poser d’emblée la question
: « Que veut dire ce haïku ? » La scène devient alors prétexte à explication.
On cherche une morale, une métaphore, une leçon existentielle. La lecture se
fait démonstrative. Elle comble les silences au lieu de les habiter.
Mais le haïku n’est pas
construit pour livrer une thèse. Il fonctionne par exposition minimale. Il
montre. Il n’argumente pas. Sa force tient précisément à ce refus de conclure.
:Un détour par les grands
maîtres le rappelle sans commentaire
Matsuo Bashō
Yosa Buson
Kobayashi Issa
Masaoka Shiki
Ces haiku ne sont ni énigmatiques
ni symboliques. Ils ne cachent pas un secret. Mais exposent une
situation. Leur profondeur ne réside pas dans un arrière-plan conceptuel, mais
dans la qualité de présence qu’ils fondent.
Lire dans cet horizon,
c’est admettre de ne pas « courir» derrière un sens définitif. C’est demeurer dans la
tension ouverte entre ce qui est montré et ce qui n’est pas dit.
Le non-sens n’est pas totalement absence de sens. Il est refus de le figer. Et c’est peut-être là que le haïku commence véritablement : non quand il explique, mais quand il laisse être / voir.
